Il n’est jamais aisé de mettre des mots sur sa propre démarche, qui résulte d’intuitions, de jeux d’essais/erreurs, de rencontres matérielles décisives, et qui relève, pour une grande part, de l’indicible.

 Je revendique, avant tout, une pratique fondée sur une certaine économie de moyens et de gestes. J’agis souvent dans les trois dimensions, j’aime expérimenter, manipuler, et suis très attaché, je crois, à mettre au point des objets tangibles, mais la peinture, la gravure, la photographie, sont également employées avec plaisir et sans hiérarchisation, pour servir au mieux, le projet qui m’occupe et ses spécificités.

Il m’est d’ailleurs parfois reproché un certain éclectisme, mais derrière l’apparente diversité formelle et technique les mêmes problématiques, les mêmes obsessions, propres aux arts plastiques (et à l’architecture), refont, à chaque fois, inévitablement surface. Les questionnements liés à la nature de l’image, à la figuration, au volume et au plan, au construit, à travers la notion d’échelle, sont dans mon travail, particulièrement récurrents, (les projets d’exposition sont d’ailleurs pour moi l’occasion d’inventer des sortes de « métanarrations » en permettant à plusieurs productions, pourtant réalisées indépendamment, de dialoguer).

Il me paraît également assez clair que, ce qui rapproche toutes les pièces de mon corpus, c’est ce caractère familier, avenant, coloré, qui plonge, au premier regard, le spectateur dans un monde ludique et enfantin. Mais, si ce dernier prend le temps de s’aventurer un peu plus loin, il y verra émerger une dimension plus politique (au sens étymologique du terme), affleurer une forme de désenchantement et de mélancolie. Chacune de mes propositions évoque, d’une manière ou d’une autre, l’évaporation des rêves individuels et collectifs, supplantés par une forme d’agressivité, de cupidité et de matérialisme contemporain.

Même s’il s’inscrit dans notre monde d’aujourd’hui et ses problématiques propres, mon travail n’est pas amnésique de ce qui a été produit hier, il est évidemment très inspiré par le Pop Art, le Minimalisme, et tous les grands mouvements artistiques des années 60, 70.

 Je cherche en fait, sans cesse, à faire jouer ensemble, des approches, des notions, a priori inconciliables. Je tiens par exemple à trouver la bonne distance, le juste équilibre, entre narration et formalisme, entre ironie et sensibilité plastique, dans le dessein, je crois, d’échapper à l’anecdotique, au décoratif, à l’excès de solennisation, et en définitive, à toute tentative de catégorisation.

En outre, la plupart de mes propositions constituent des « work in progress », elles connaissent aujourd’hui une forme               « temporairement définitive », mais leur caractère modulable, extensible, leur permet d’être réactivées, rejouées, d’une manière singulière, pour un événement ou un lieu particulier.

T.D.